Naturopathie fonctionnelle : véritable innovation ou effet de mode ?
Très à la mode ces derniers mois, la Naturopathie dite « fonctionnelle » se définit par l’ajout aux techniques historiques de bilans biologiques divers et variés.
Parmi ces analyses approfondies, se retrouve souvent : tests salivaires, urinaires, microbiote, intolérances alimentaires, intolérance à l’histamine, profils génétiques, profil des acides gras…etc. Toutes ces analyses représentent un coût financier énorme pour les personnes en quête d’un mieux-être. Mais que leur rapportent elles vraiment en retour ? Selon notre expérience de naturopathe comme d’enseignant, bien peu en rapport de l’investissement. Personnellement, je reçois de plus en plus souvent des clients me présentant d’épais dossier d’analyses, mais qui sont pourtant toujours en recherche de solutions pour améliorer leur santé…

Alors pourquoi certains Naturopathes se laissent ils tenter par ces bilans ?
→Par souhait de légitimer sa pratique, de lui apporter un poids scientifique, de rassurer son interlocuteur ? Oui, cela peut paraitre tentant : mais ne risque-t-on pas d’entretenir une confusion inappropriée ? Le Naturopathe n’est pas médecin. Certes, certains bilans sanguins ou autres analyses peuvent lui fournir des renseignements très utiles sur le profil de son client. Mais son rôle n’est pas d’en prescrire. Certains Naturopathes jouent ainsi avec cette limite ténue, peut être au risque de se voir reprocher leur pratique. Quant à la confiance, elle se cultive avec les résultats obtenus. Une approche éthique et bienveillante, des connaissances solides et des résultats encourageants sur le mieux-être la nourrirons avec plus de certitude.
→ Pour établir grâce à cela un profil personnalisé de leur client afin de lui proposer un programme plus précis ? Cela devrait être vrai dans la théorie, mais là encore ces bilans pointant des détails ultra précis ne pourront jamais remplacer un entretien long et soigneux, une écoute attentive pour comprendre chaque personne dans sa singularité et proposer des conseils adaptés. Or, dans la pratique, la lecture de ces analyses très complexes remplace de plus en plus le temps consacré à l’échange avec le naturopathe.
Pourtant, selon les personnes, deux résultats d’analyses assez similaires pourraient nécessiter des conseils d’alimentation et d’hygiène de vie radicalement différents. C’est justement la force de la naturopathie d’individualiser ses conseils en prenant en compte l’unicité de la personne. Et cela ne peut s’obtenir en lisant des résultats d’analyses.
→Par intérêt pour le fonctionnement du corps humain, par l’envie de mieux comprendre certains mécanismes ? Cette motivation est louable. Mais en se focalisant sur quelques détails ultras précis, ne risque-t-on pas de perdre de vue l’équilibre global de l’organisme et la délicate alchimie qui le régule ? Un des principes fondateurs de la Naturopathie est justement sa vision holistique. Les bases de l’anatomie, de la physiologie et de la biologie font bien sûr déjà partie d’une formation sérieuse en Naturopathie, car il est nécessaire de comprendre l’action des plantes par exemple, ou savoir comment se régule l’organisme. Cette formation est comprise dans chaque module de cours du CENA. Cet apprentissage est inclus en lien direct avec la pratique et la vision Naturopathique. A chaque fois que cela est possible, la coordination entre tous ces systèmes est mise en avant. Car pour bien comprendre la vision holistique de la Naturopathie, il faut bien saisir la précision et l’alchimie qui sous tendent chaque réaction de l’organisme.
Rien n’est un hasard, tout est l’expression d’une force de vie puissante et intelligente.

Exemple de la limite d’un bilan fonctionnel :
Prenons l’exemple, très à la mode depuis quelques temps, de l’intolérance à l’histamine. Ce terme définit plus précisément soit une augmentation de la sécrétion d’histamine ou la diminution/inactivation de la DAO, l’enzyme chargée de la dégrader. Cela crée un déséquilibre dans la délicate régulation de l’histamine, qui s’accumule et crée des symptômes de type allergie, bien qu’il ne s’agisse pas à proprement parler d’un mécanisme allergique. Certes, environ 1% de la population possède une déficience de production de la DAO, d’origine génétique. Ces personnes présentent donc ces symptômes depuis l’enfance. Mais dans la majorité des cas actuels « étiquetés » intolérants à l’histamine, ces symptômes sont apparus plus tard.
Si le Naturopathe « fonctionnel » suspecte une intolérance à l’histamine, il conseille donc à son client une analyse coûteuse permettant de doser sa DAO et/ou la présence d’histamine dans les selles. Dans certains cas, le résultat révèle des taux de DAO inférieurs aux normes. Le praticien va alors généralement conseiller un régime alimentaire limitant les aliments apportant trop d’histamine et ceux qui favorisent sa libération. Et, quoi de plus logique, un complément alimentaire apportant la DAO.
Mais il faudra prendre ce complément chaque jour dans le futur pour apporter cette DAO que l’organisme ne fabrique plus en quantité suffisante. Nous avons désigné un coupable et apporté une solution de substitution sur un plateau. Mais en quoi cette démarche nous a-t-elle permis de comprendre ce qu’il se passe ? Que s’est-il produit pour que l’organisme ne secrète plus (ou plus en quantité suffisante) cette précieuse enzyme ? Ou pourquoi l’organisme sécrète-t-il davantage d’histamine ? Avons-nous saisi la situation unique de cette personne ? Avons-nous aidé l’organisme à retrouver sa vitalité et ses capacités d’auto-régulation ? Assurément non.
Et à la grande surprise du naturopathe fonctionnel, il arrive qu’après un soulagement temporaire les symptômes reviennent, malgré la prise de DAO. Il sera alors bien démuni.
Une autre réflexion
A l’inverse, une Naturopathie historique, nourrie de décennies d’expériences cumulées aura une vision et des questions bien différentes sur cette situation :
→ Peut-être qu’en apportant « sur un plateau » cette enzyme, nous avons envoyé le mauvais message à notre organisme, à savoir qu’il n’a pas besoin d’en fabriquer ?
→ Peut-être ce naturopathe a-t-il conseillé un complément alimentaire apportant divers vitamines et minéraux de synthèse ? l’activité de toute enzyme étant dépendante de la présence de nombreux co facteurs minéraux et vitaminiques, il s’agit d’une réflexion naturopathique louable. Mais certaines vitamines de synthèse (thiamine, acide ascorbique…) sont suspectées de bloquer la sécrétion de DAO[1]…. Il y a en tout cas une confusion regrettable entre la nécessité de leur présence sous forme naturelle et leur apport sous forme synthétique. Malheureusement, cette différence fondamentale n’est souvent pas enseignée.
→Peut être les symptômes reviennent ils après quelque temps car ce conseil inapproprié s’est opposé à un mécanisme régulateur, voire protecteur, que nous n’avons pas encore saisi ? En 2019, l’un des chapitres de mon livre, « Spasmophilie, la détecter et s’en libérer » s’intitule L’histamine, ce neuromédiateur méconnu. A l’époque, personne ne parle d’intolérance à l’histamine, mais quelques-uns ont remarqué que dans certains déséquilibres (fibromyalgie, électrosensibilité), les taux d’histamine peuvent être plus élevés que la moyenne. Il serait trop long d’expliquer cela en détail ici, mais l’histamine joue un rôle délicat et nécessaire dans la régulation des neurotransmetteurs.
Alors, sommes-nous absolument certains que cette élévation du taux d’histamine soit une erreur de l’organisme ? Et si nous ne pouvons répondre oui, le naturopathe « fonctionnel » peut il être sûr de ne pas jouer à l’apprenti sorcier ?
En résumé, oui, la Naturopathie s’interroge sur les mécanismes régulant l’organisme et se nourrit en permanence des découvertes scientifiques. Mais attention à ne pas confondre innovation et effet de mode. Attention à ne pas perdre la vision holistique, le respect des mécanismes régulateurs, l’écoute attentive.
Pour chaque dysfonctionnement identifié par une analyse, nous pouvons avoir deux approches :
- Soit considérer qu’il est la cause des symptômes présents et penser que nous devrions le corriger.
- Soit se demander s’il n’est pas la conséquence d’un déséquilibre plus profond et accompagner humblement l’organisme vers la santé, sans jamais se permettre de lui dicter ce que nous croyons nécessaire.
C’est cette naturopathie qui est enseignée au CENA depuis 30 ans.
[1] https://pmc.ncbi.nlm.nih.gov/articles/PMC7463562/?utm_
Article rédigé par Marie Chetaille, Directrice du CENA, Naturopathe.

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