Mon histoire
Par Sandrine Navarrete Masson, naturopathe & directrice du C.E.N.A.
Cette école que j’ai accompagnée pendant vingt-neuf ans porte une partie de mes valeurs, de mon histoire et de ma vie.
La choisir, c’est entrer dans une aventure humaine et sincère.
Pour la première fois, je partage ici quelques fragments de ce chemin.
Les débuts : une quête de sens, de santé et de liberté
En 1981, à 15 ans, je découvre les médecines naturelles.
Passionnée de danse, exigeante, perfectionniste, je pousse mon corps bien au-delà de ses limites.
Le surmenage et des restrictions alimentaires trop strictes me conduisent à un profond épuisement :
dépression, crises d’angoisse, insomnies, angines répétées.
La médecine officielle ne proposait alors que calmants et antibiotiques.
En moi, pourtant, une conviction naît : s’il existe un déséquilibre, il existe aussi une cause… et donc une solution.
Sur les conseils d’une amie, je consulte un acupuncteur.
Dès les premières séances, mes angoisses diminuent.
Je découvre qu’une autre voie existe.
Les livres comme refuge
Je passe des heures dans la bibliothèque municipale de Perpignan.
Je lis sur la nutrition, la phytothérapie, la psychologie, la philosophie.
Je comprends peu à peu le lien entre alimentation, émotions, pensées et santé.
Ces prises de conscience me libèrent d’un certain conditionnement scolaire : je voulais apprendre ce qui me rendrait libre, responsable et vivante.
La vocation naturopathique
À 17 ans, je décide de devenir naturopathe — un métier encore très peu connu.
J’intègre l’école de Pierre-Valentin Marchesseau, puis l’Institut de psychosomatique d’André Passebecq.
Je mets tout en pratique… mais le végétarisme strict puis le végétalisme, très recommandés à cette époque, m’amènent à l’épuisement.
Je tombe à 34 kg pour 1m58.
Je comprends alors que les idéaux ne suffisent pas : seul le corps dit la vérité.
1985 : la compréhension grâce aux écrits de Robert Masson
Par hasard, je découvre deux ouvrages de Robert Masson.
Dès les premières pages, je comprends enfin pourquoi ma santé ne s’améliorait pas.
J’applique ses principes, et je retrouve progressivement mon énergie ainsi que mon poids de forme.
Je sens alors le besoin profond de rencontrer cet homme.
Malgré mes faibles moyens, tout s’aligne pour m’amener à Paris, où il enseigne.
1986–1996 : la décennie de formation intérieure
En 1986, je m’installe à Paris.
Je poursuis les enseignements de Robert Masson et d’André Passebecq.
À 21 ans, je commence ma vie professionnelle :
je deviens conseillère en boutiques de diététique, puis je rejoins l’Herboristerie du Palais-Royal.
J’approfondis mes connaissances, j’ observe, j’apprends la réalité quotidienne de l’accompagnement.
Mais la vie parisienne ne correspond pas à ma nature profonde :
le rythme, le stress, la densité finissent par me peser.
Je quitte alors la capitale pour rejoindre une communauté centrée sur les plantes médicinales.
J’y retrouve une vie plus simple, plus proche de la nature.
Cette période, parfois exigeante, m’a profondément enrichie :
j’y ai appris l’essentiel — le silence, la patience, l’observation, l’endurance intérieure.
Ces années ont été une maturation, une gestation intérieure, une préparation que je ne comprendrai pleinement que plus tard.
Une vie, une passion, un destin croisé
Depuis ma rencontre avec Robert Masson en 1985, un lien particulier s’est installé entre nous.
Même lorsque nos chemins de vie se sont éloignés, quelque chose en moi est toujours resté tourné vers lui, comme si un fil silencieux nous reliait.
En 1996, portée par un élan que je ne saurais encore expliquer, je reviens vers lui sans savoir ce qui allait se construire.
Je n’avais aucune idée de l’ampleur de la tâche qui m’attendait ; et si je l’avais su, j’aurais peut-être douté de ma capacité à la porter.
Mais ce retour a naturellement réuni nos chemins, à la fois humainement et professionnellement.
De cette histoire naît notre fils, Robin —une lumière dans ma vie, et l’une de mes plus grandes forces intérieures.
1996 : une synchronicité, pas un plan
En 1996, le jour de mes 30 ans, je rejoins Robert Masson — l’appel du cœur vers un avenir inconnu.
À cette époque, il décide de fonder sa propre école : le C.E.N.A.
Je n’avais aucune idée de ce projet.
Je ne savais pas ce qui m’attendait ; je n’avais rien anticipé, rien calculé.
J’ai simplement suivi l’élan intérieur du moment.
Ce n’est qu’après coup que j’ai compris que ma place était là, à ses côtés, pour structurer, organiser, accompagner et aider cette école à naître et à grandir.
Mon rôle au C.E.N.A. : structure, transmission, modernisation — dans la discrétion
Pendant vingt-neuf ans, j’ai été :
• la structure autour du savoir immense de Robert,
• celle qui organisait, harmonisait, clarifiait et mettait en forme l’enseignement,
• celle qui tenait l’école debout au quotidien,
• celle qui assurait le lien permanent avec les élèves,
• celle qui modernisait progressivement l’école,
• la présence discrète, stable, constante, permettant au C.E.N.A. de croître sans perdre son âme.
Robert apportait son savoir, son génie, sa puissance.
J’apportais le cadre, l’organisation, l’écoute, la cohérence.
Deux pôles complémentaires au service d’une même vision du vivant.
Aujourd’hui : transmettre, évoluer, et rester présente autrement
Après le départ de Robert en 2019, j’ai poursuivi son œuvre avec fidélité, nuance et bienveillance.
Aujourd’hui, une nouvelle étape s’ouvre.
Après vingt-neuf années d’engagement intense, je choisis de confier la direction du C.E.N.A. à Marie Chetaille.
Sa rigueur, sa compréhension fine de l’enseignement, sa loyauté et son respect des valeurs fondatrices font d’elle la personne la plus juste pour poursuivre cette mission.
Je ne dirigerai plus l’école au quotidien,
mais je resterai à ses côtés, présente et disponible chaque fois que nécessaire.
Je continuerai de veiller sur l’école, son esprit et sa cohérence — simplement depuis une place différente, plus silencieuse, mais tout aussi engagée.
Ce qui demeure
Une école est une continuité vivante.
Ce que Robert a initié, ce que j’ai porté et structuré pendant près de trois décennies, continue aujourd’hui de se transmettre.
Le C.E.N.A. poursuit sa route, fidèle à son essence.
Et je suis sereine, confiante et heureuse de le voir avancer entre de bonnes mains — tout en restant un repère, une présence et un soutien pour ceux qui feront vivre cette œuvre.
Les écoles de naturopathie font actuellement florès. Qu’est-ce qui distingue le CENA des autres établissements ?
Quand j’ai commencé à me former il y a près de 40 ans, il n’existait que 4 ou 5 écoles de naturopathie. Aujourd’hui, elles sont plusieurs dizaines. C’est une bonne chose car cela développe la place de la naturopathie en France mais les établissements sont hélas de qualité inégale. Le premier point fort du CENA, c’est donc l’antériorité et l’expérience ; à la fois dans les recherches, les travaux, la mise en pratique, l’observation du quotidien et l’enseignement de la naturopathie. Robert Masson a étudié le sujet pendant plus de 70 ans et moi-même, je me forme en permanence depuis 40 ans. Deuxième trait distinctif : nous voulons rester financièrement accessibles. Dernier marqueur de notre identité : notre pédagogie issue du réel. Le CENA transmet ce qui est essentiel et validé par la pratique et l’expérimentation, avec le même cap depuis 27 ans : aider à améliorer la santé. En gardant ce qui nous a toujours guidé : la passion et l’honnêteté.
Quelles sont vos valeurs justement ?
L’intégrité, l’éthique et la transparence à tous les niveaux ; l’écoute et l’empathie également. Les élèves formés au CENA évoquent aussi, à travers leurs témoignages, la bienveillance, la cohérence et l’efficacité de mes accompagnements, en constantes interactions. Car fondamentalement j’aime transmettre et m’adapter à chaque élève ; avec beaucoup de nuances car chacun a des profils, attentes et besoins singuliers. Nourrie de décennies de recherches théoriques et d’expériences de terrain, je continue sans cesse à m’informer et m’enrichir. Comme Robert le faisait, je cherche toujours à savoir, comprendre, trouver des solutions…même en vacances ! Aider les autres est plus fort que moi.
Quelle est votre vision de la naturopathie ?
Son enseignement se développe. Beaucoup de naturopathe s’installent et le grand public s’y intéresse de plus en plus. Les choses évoluent beaucoup en ce moment. La prise de conscience des bienfaits de la naturopathie grandit. Le processus peut être long mais une chose est certaine : le CENA fera toujours de son mieux pour transmettre avec sagesse et humilité la somme de ses connaissances ; avec une rigueur et une exigence intactes. Au-delà de la seule théorie, nous partageons l’observation du vivant.
